lundi 5 mars 2012

accepter

Accepter d'être ce rien de passage. Rien que le vide et pourtant plein de cet espace possible. Je tente souvent, je m'en approche parfois. Prendre le souffle du vent et épouser ses vagues simplement pour être là. Alors je suis là. Recueillir la rosée du matin, glisser sur la feuille d'automne qui déjà, n'est plus. Accepter le printemps à renaître, souffle de nos espérances, de mes espérances pour que tout enfin puisse être. Roulade de mon errance, en perpétuel jaillissement, flot de ma vie, je tends et courbe mon être pour recueillir le rien de la vie.

mercredi 25 janvier 2012

Gratitude

Merci à toi mon âme d'avoir attendue si longtemps. Même si le temps importe peu pour toi, tu es. Moi, mon esprit, j'ai le sentiment d'avoir attendu longtemps enfermé dans mon désert. Je tournais sans fin, sans relâche, convaincue d'être sur le bon chemin, maudissant ceux et celles insensibles, incompréhensibles à ma souffrance. Je me crucifiais chaque jour, chaque heure, écartelée d'amour et de souffrance.
D'amour perdu brisé déchiré. Non pas l'amour d'un amoureux, mais l'amour du corps, celui bien avant les mots, l'amour filiale, l'amour qui fait pousser des ailes à l'enfant, l'amour racine, l'amour de vie.
De souffrance aimée reproduite retrouvée. Cercle infernal où la souffrance est plus belle que l'espérance. Souffrance souffre en silence entre les lignes de ma vie, tu épousais mon ombre, envahissant mon corps par tous mes pores.
Merci mon esprit d'avoir appris l'humilité, sans elle tu n'aurais jamais pu trouver la carte de ton visage. Merci mon corps d'avoir tenu bon quand je te maltraitais en silence, persuadée que tu devais m'obéir, pour qu'enfin quelque chose fléchisse sous moi. Merci mon corps de ta souplesse, de tes rondeurs qui roulent dans mes bras pour mieux m'enlacer.
Merci à toi mon âme de toucher enfin mon esprit. Je suis Pénélope, je tisse chaque jour mon chemin vers ma maison, tantôt Tour de Babel, tantôt bicoque de bois sur la plage. Je suis enfin redevenue l'enfant lumière, celle que je n'aurais jamais dû quitter.

Chaque jour je construis un monde nouveau à la mesure de mes rêves et espérances. 


dimanche 8 janvier 2012

le temps qu'il me reste

A l'atelier de peinture, nous cheminons. La bonbonne s'est transformée peu à peu et nous nous interrogeons sur notre définition du temps. Échanges fructueux, insolites, les débats sont passionnés. Elles me regardent surprises de mon propos, j'ose dire que maintenant, je peux mourir, j'ai fait ce que j'avais à faire ici et puis surtout je suis en paix avec moi. Elles me disent que je suis jeune, que je ne souffre pas et donc je ne peux pas comprendre la diminution des capacités physiques puis mentales. Chacun s'exprime librement dans le respect du groupe. Nous reprenons nos travaux, et cherchons comment exprimer notre rapport au temps en peinture. La conversation continue dans ma tête.

Vieillir et perdre ses capacités physiques ne devraient pas changer notre rapport au temps. Il y a confusion. Souvent le rapport au temps est associé à la façon de remplir sa vie et compte tenu que nous sommes mortels, du temps qu'il nous reste, de la perte de nos capacités physiques, le rapport au temps change.

Chaque perception est unique. Je suis jeune me disent-elles, tout est relatif, j'ai 50 ans. Jeune par rapport à qui, à quoi. Il n'y a pas d'âge pour souffrir, pas d'âge pour comprendre, pas d'âge pour être vivant ou se sentir mort.

Mon rapport au temps est fonction de la façon dont je me projette dans l'avenir, le devenir. Bien sûr, il est nécessaire de choisir, je ne peux pas tout faire, mais choisir, c'est avancer, renoncer et entreprendre. Peu importe l'âge, il est temps maintenant d'être.


mardi 3 janvier 2012

Le Livre Rouge : libérateur

Plongée dans Le Livre Rouge de Jung, je me régale, je déguste, je savoure. Le livre est très impressionnant déjà de par sa taille (30 x 40 cm) mais aussi son poids (5 kg). Impossible de le prendre sous le bras pour l'emmener partout. Ce livre nécessite une table, une chaise, la position de l'élève à son pupitre. Cependant la comparaison avec une quelconque attitude passive face à un gavage culturel ou dogmatique s'arrête là.

Je me suis sentie intimidée devant l'ouvrage : impression de voler un carnet précieux rangé dans une table de nuit, lire par dessus l'épaule de quelqu'un. Pourtant, Le Livre Rouge est une fenêtre immense ouverte sur notre monde intérieur. C'est libérateur de découvrir combien cet homme a exploré les méandres de ses pensées. Tout est expérience, apprentissage, découverte. Tout est respectable parce que respecté. Il a mis ses tourments et questionnements en mots et en scène que ce soit en peinture, sculpture ou autre.


Tout en rangeant mes cahiers, mes dessins, mes peintures, mes terres cuites précieusement dans des boîtes et des classeurs, je repense aux sentiments ou émotions qui m'animaient au moment de les faire. Je me fais de la place pour mes créations de l'année à venir, dans ma tête et sur mes étagères. Objets emballés, cahiers revisités, mémoires émotions, déposés. Je passe à autre chose. L'important, c'est d'exprimer pour libérer, l'important c'est l'ex-pression (lâcher la pression) pour avancer et continuer.




mercredi 28 décembre 2011

pour moi

C'est un voyage avec moi à l'intérieur de moi. C'est une aventure en moi pour découvrir les domaines du possible, aller plus loin encore dans la capacité à être. C'est un voyage avec des étapes pour reprendre mon souffle et regarder encore une fois le chemin parcouru. De l'extérieur, les choses sont peu visibles pour l'instant. Mais de l'intérieur, je sens un espace s'agrandir, une carte des possibles s'étendre sans aucune peur. Il y aurait même une fébrilité à vivre cela. Une exaltation de l'enfant sans pour autant qu'elle soit brimée par une quelconque remarque. L'enfant joyeux et débordant de vie peut s'amuser, partir plus loin dans ses découvertes, sans risquer la baffe magistrale pour stopper tout élan de vie.






C'est un voyage pour moi. Je suis le seul passager de mon bateau unique. Je prends la mer et les airs quand je veux. Le vent est mon ami.

vendredi 23 décembre 2011

c'est amoral

J'ai vu les silhouettes sous l'abri-bus et en m'approchant, je l'ai reconnu, lui, un voisin. Alors exceptionnellement je vais prendre le bus parce qu'ainsi je saluerai mon voisin. C'est un personnage peu aimé dans le quartier.

Il est content de me parler. J'entends son souffle difficile, il va faire des examens médicaux à Paris. Tout en bavardant, j'ouvre mon sac à main pour prendre mon porte-monnaie et en retirer une pièce de 2 euros pour mon trajet. Je n'ai pas de ticket, je ne prends pas le bus habituellement, la gare est à 10 minutes à pied en marchant d'un bon pas. Il est aimable, souriant, content d'avoir eu ses petits-enfants le dimanche précédent "Vous comprenez, on est obligé de faire avec, les familles décomposées et recomposées, c'est pas simple" Il enchaîne sur la politique, l'emploi, la situation économique "C'est amoral ce qui se passe en ce moment, complètement amoral et même parfaitement amoral."

Le bus arrive, les gens montent, Bip-Bip le passe Transilien enregistre. Il monte devant moi, salue la conductrice et se dirige vers l'antre du bus sans régler son trajet. Dans ma main, ma pièce de 2 euros, je la dépose dans la petite cuvette noire. La conductrice regarde mon voisin s'engouffrer dans le bus, son regard revient sur moi, elle me salue et me rend ma monnaie.


Les Bip-Bip résonnent derrière moi dans le silence du matin.